Goat-Project

 

Dessin de Julien Loïs

Djefbernier c’est un homme libre, en territoire français qui ne connaît pas l’hiver dans sa conception hexagonale. C’est une bâche sur les hauteurs du golf d’Atimaono. L’année écoulée a été particulièrement pluvieuse. Je me souviens avec vous de la dernière grosse pluie, la bâche a tenu bon. Elle est soutenue par du nylon de pêche, elle est bordée de lianes et pas si loin se balance un cocotier d’une vingtaine de mètres.

L’argent tombe du ciel de telle manière qu’on pourrait me voir, indépendamment du cadre, comme un bêta testeur du revenu universel. Il serait injuste, et dans une large part faux, de déclarer qu’il n’est pas très élevé.

Je n’ai pas de pc ordinairement, avec deux lumières sur batterie solaire, deux frontales et une radio à piles, le tour est presque fait en matière d’équipement. Une bouteille de gaz, deux bruleurs et une peu de vaisselle.

Depuis que je squatte la montagne le monde a continué sa course folle mais moi j’ai décroché pour ce meilleur des maîtres qu’est la nature.

Alors quand rebranché mes antennes la sécheresse s’est installée sur Tahiti. Vent d’Est Sud Est, beaucoup de nuages passent au large, de toutes les couleurs en troupeau sans fin, les nuits sont étoilées et voilà une semaine qu’on avait pas eu quelques averses matinales pour arroser le jardin.

Il fait si chaud dans la vallée que les quelques rafales de vent qui viennent ne suffisent pas à vous rafraîchir. Il faut l’ombre de la canopée ou le bord de mer, les arbres battent si bien des mains qu’au premier endroit l’occurrence d’une branche qui tombe fait préférer le second.

Ainsi donc nous serions du peuple de la connaissance. Et quand on parcourt la toile faut voir ce dont on prend connaissance.

Et comme de bien entendu les propositions d’opinions prêtes à colporter dans les commentaires achèvent d’encercler le présent.

Djefbernier a commencé un nouveau bouquin, içi vous pouvez acheter votre exemplaire.

En linkant par-dessus la jambe  djefbernier me demande si j’ai bien fait de ne pas lire la préface. Peut-être ce soir que je tempère.

J’ai souhaité que bientôt du réseau wifi touche mon abri, mais ignore si ça le fera. Quant au matériel lorsque la pluie revient mes quartiers trouvent vite des airs de jungle équatoriale…

J’ai retrouvé mon sentier des lectures et c’est comme avec un ami qu’on a pas vu depuis un an, on détecte le poids des ans qui précise, qui attente.

Dans la nature à la sauce que j’ai concoctée une ancre s’est posée et a pris racine.

Puisqu’il faut bien agiter le peuple avant de s’en servir je crains pour vous, non pas que vous soyez victime d’une guerre lors que vous n’êtes pas soldat, ni victime d’attentat dans le meilleur des cas survivante pensionnée comme un ancien de la colo. Je crains plutôt les bouleversements de la vie qu’on voit de plus en plus difficilement comme un temps court destiné à profiter des merveilles du monde.

L’ami Dresseur, qui ne me semble pas avoir pris trop de rides en un an, me disait que j’ai de la chance d’être où je suis. Pourtant je lui avait dit qu’ici on aime les informateux qui parlent chinois. Il doit sûrement avoir de la chance d’être là où il est, pas vrai ? C’est le pouvoir de contentement de l’homme, c’est speyce. Ca y est il pleut sur le golf qui commence à bien jaunir, resto désert, le chef est off, et moi… je ne suis pas là par chance. Si ça se trouve je m’entraîne pour un concept d’émission futuriste, à condition que le réseau continue son invasion dans le monde humain, bientôt le corps

 

Quand on se pique de raconter une histoire faut se demander si ça l’est, intéressant.

C’était intéressant.

Ah, as-tu été intéressé ?

D’abord c’est déjà arrivé. Pendant la deuxième guerre la côte Ouest des Zuesses a commercé avec Tahiti quelque peu délaissée, sinon par les déserteurs de tous poils.

Ensuite le réseau routier est une farce et les polynésiens de Tahiti comptent leurs pas bien mieux que les heures qu’ils passent à manger devant la télé. Ou devant une rafale de bières. On voudrait pointer quelques contre exemples qu’on y parviendrait mais à quel prix! Déplorer d’accord, mais surtout aller son chemin.

Sur l’affaire du combat contre l’obésité, tant pis si je vous surprend mais j’ai fait des consultations et une dame me dit :

Mon grand fils fait des études supérieures de chimie. Il a un professeur qui leur a dit qu’il ne faut pas manger matin midi et soir mais quand on a faim, ou qu’on doit se préparer pour une activité particulière.

A quel niveau d’étude faut-il monter pour rencontrer UN prof…

C’est pas un skoouuupe, un peu à l’instar de vos musulmans qui font style parce qu’ils sont occupés, le Frani est persona non grata et là dans l’entre-soi c’est juste sur réaliste. Plus généralement c’est le simple flot de la parole farani qui irrite l’oreille du Maoeil.

Traversant la pépinière du golf d’Atimaono j’étais stoppé pour signer une pétition. Je vous épargne l’ange qui passe quand il apparaît que je suis le blanc dans la montagne. Et quand il s’agit de répondre par écrit dans quel bureau de vote tu es. Percevant mon trouble le meneur me dit que j’ai qu’à mettre un X, c’est pas grave. J’ai pas loin pour voir que les précédents signataires se sont assigné un numéro, j’ai donc mis Zéro, en chiffre.

La pétition, on m’a épargné sa lecture c’est pour les terres rares, en gros c’est à nous. J’ai indiqué deux trois choses qui seraient un peu longues à transcrire mais surtout mon scepticisme sur la portée de l’évènement, nos signatures en contrepoint de l’industrie minière sous-marine. M’enfin paraît qu’un îlien ça aime bien faire qu’à palabrer.

Un employeur armateur a qui je demandais si je pouvais assister à une de ces fameuses réunions concernant l’introduction, ou pas, dans la zone exclusive des bateaux de pêche de l’Europe, espagnols en l’espèce. Et il me dit que non, c’est même pas la peine. Comme il s’agissait d’un taata popaa’a il m’a remonté le moral d’une drôle de façon.

Tu sais j’ai bossé plus de quinze ans en France, là-bas tu fais 6, 7 réunions et puis tu fais. Ici tu fais 20 réunions, trente réunions, et puis tu fais pas.

Donc y’a des indépendantistes par chez nous, c’est les adeptes du Tiamaraa, j' »oublie sûrement une apostrophe. C’est globalement mais pas que, surtout pas que, le parti bleu et blanc du tavini.

Les gens sont dans un tel état que j’ai pensé, puisque j’ai trouvé un pc, vous raconter comment ce fameux Tiamaraa va débuter lors qu’il ne sera très probablement pas le résultat d’un quelconque vote, mais plutôt la conséquence de ce que les bateaux et autres avions vont cesser de ravitailler notre beau, gland, gras et grand centre pacifique, rendez-vous compte :

Une surface vaste comme l’Europe

En même temps, je me tâte, il se pourrait que ça se passe bien, si ça se trouve les forces de l’ordre ont des procédures et y’aura qu’à suivre😉

Voyons voir

Publié: 20/09/2016 dans Brèves du Net

Comment se peut-il que je vous émouvasse. Vous autres poupées russes, emboîtements de codes, devoirs et autres problèmes enveloppant votre être naturel. On a tous nos petites priorités mais il reste le rire de la raison.

Un beau matin j’ai su par voie de presse radio que le gouvernement polynésien lançait un appel à projets pour lutter contre l’obésité, expliquant le plus simplement du monde qu’il a fait tout ce qu’il a pu, peine perdue, le fléau s’étend et il coûte désormais quelque 15 milliards de francs pacifique à la collectivité. Guère plus avant on apprend que l’enveloppe budgétaire dédiée est de 30 millions de ces mêmes francs (1 neuro fait 110 francs pacifique(s)).

Dès le lendemain sur l’ineffable répondeur de radio1 un taata tahiti a eu tribune en disant

… Et ils donnent 30 millions, c’est rien 30 millions à côté de 15 milliards

C’est un peu triste de n’avoir ni raison ni tort en s’esclaffant de ce qu’on a mis le doigt en plein sur le noeud. Tout d’abord ces 30 millions ne sont pas donnés et ensuite ces 15 milliards ont beau coûter ils sont quoiqu’il en soit payés à quelqu’un et quand on veut regarder l’obésité en polynésie il est utile de se rendre compte qu’il s’agit d’une industrie.

Ceci m’a un jour fait dire que si on peut déplorer la crasse de nos matières grises, la matière grasse elle est choyée. J’ai prié pour qu’ils reçoivent mon projet, que j’aurais certainement lancé comme suit.

Combattre l’obésité est impossible, ça n’existe pas en tant que chose à combattre. Par contre on peut combattre les obèses… Et là pas besoin de chirurcaliser les frappes, encore moins de se préparer sérieusement. La chose est infaisable mais pas dénuée de truculence, je vous fais néanmoins grâce des détails de l’offensive tous azimuts que j’ai entrevue mentalement.

Heureusement qu’au fin centre du pacifique sud rien ne presse jamais vraiment quand il s’agit de réformes propres à tailler dans le dur.

La campagne d’annonce de cet appel à projet, en plein mois de juillet, a reçu un renfort étranger. Toujours par la radio j’entends qu’en amérique du sud, en argentine ou voisinage :

…le gouvernement a décidé de frapper un grand coup pour enrayer l’obésité qui frise les 60% de la population et de mettre en oeuvre une politique publique forte. Il décide d’interdire les jouets dans le apimil et les kinder surprise.

Chez Djefbernier ont aime se moquer et là, ben on est resté coi. On nage dans le sidéral. Au jour d’aujourd’hui je me rends compte qu’on a de la ressource en amérique du Sud, voilà une initiative qui malgré tous les désagréments qu’elle mène va avoir sa petite chance de vaincre

Bref on est mi septembre quand j’assiste, encore à la radio à une offensive télévisuelle contre l’obésité. Documentaire sur l’obésité retransmis à la radio, le gras n’a qu’à bien se tenir. Nous autres malbouffeurs en avons été quitte pour notre soirée. Tahiti ? Y’a qu’à lever le nez pour voir plus gros que soi. Mais avec 30 millions qu’est-ce qu’on peut faire d’autre qu’un docu ?

Ah, j’en oublierais presque que vous êtes en guerre dans une nation d’ores et déjà dépecée.

Histoire de ne pas inonder la toile je vous épargne les mots-clés de mon état d’âme.

 

 

 

 

Il est des lectures

Publié: 19/09/2016 dans Brèves du Net, Pas vite lu

J’ai donc mis les mains sur un clavier, c’est un vieux pomme mais ça le fait, l’arobassse, ça change tout. Un poil plus avant c’est les pieds que j’ai fini par bien mettre au restaurant du golf, où j’ai désormais copains, dont le chef qui sait qui je suis, ça ne gâche rien. Un havre wifi Juste au bas de ma montagne, il fait beau, du vent à kitesurf et c’est dimanche.

Comme de juste dans le coin sous le vent, une table surplombant la piscine déserte, juste après les arbres battent des mains et les cocotiers, eh bien on leur voit le front.

Je déplore de longue date le phénomène vidéo et mon vieux des textes c’est toujours autre chose. Si fait qu’en traversant A toi l’honneur dans mes premières diagonales de lecture je me suis posé chez Richard Millet. En voilà un qui sait y faire.

Le monsieur concentre en peu de mots le feu de son acuité sensorielle sur le coeur des symboles qui écrasent les peuples occupés. Pour qui compte avec le pouvoir de la déclaration, et certainement les politiques en sont, ce genre de lecture n’est pas utile à commettre. C’est vous qui voyez. La vérité a de ces accents…

Par ce biais de confirmation qui je l’avoue me fascine j’en reviens à ma situation d’ultra privilégié qui a néanmoins arpenté plus d’une fois des vallées de larmes. Au milieu de la forêt au dessus du golf d’Atimaono, sur la meilleure terre du monde, en simple squatteur désormais assimilé, où chaque coup de pioche fait massacre de vers de terre je respire le dernier air pur de la planète. Chaque jour je me réveille plus fort et plus libre que la veille. Je prête attention aux délices de l’inspiration qui fait le fardeau léger ; bien conscient que ce n’est pas le lot commun, m’enfin je suis où j’ai voulu être et n’y suis arrivé ni trop tôt ni trop tard.

Sauvez ce qui peut l’être et un peu mieux qu’à l’image des réfugiés, déplacez-vous plutôt avant de le devoir. Si je peux me permettre.

 

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Bonnes gens

Publié: 17/09/2016 dans Brèves du Net

je vous donne des nouvelles.

comme je vous plains. Depuis ma frange.

Alors j’ai planté. De la nourriture qui se multiplie elle-même. Et puis petit à petit j’ai démultiplié en allant à la pêche, plus au fusil sous-marin, la chose étant léthale, addictive et hautement fatiguante. Non, pas moins fatigante mais infiniment plus sure : la pêche en poti marara. Voilà pour le lien, histoire de voir de quoi il retourne. Mon capitaine m’appelle le loup de la jungle mais il a fini par remarquer que je suis aussi un peu seigneur des mers, de ceux qui vont à droite quand tu leur dis à gauche. Et à grands coups de prière scientifique nous allons l’autoroute de la fortune.